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La Science sous la loupe... - Pou Hakanononga, le géant de l'île de Pâques

Pou Hakanononga, le géant de l'île de Pâques

Une nouvelle expédition en mars 2001

Au début de l'année 2001, les Musées royaux d'art et d'histoire ont donc décidé d'envoyer à Ahu o Rongo une équipe chargée de retrouver un maximum d'éléments qui permettraient de reconstituer l'histoire de Pou Hakanononga. Les archéologues belges ont découvert l'autel en pierre (le ahu) sur lequel Pou Hakanononga devait se dresser autrefois, et bien d'autres objets, qui montrent que le site de fouilles est exceptionnel. Aidés par le Gouverneur de l'île, par le Maire du village d'Hanga Roa, par les responsables du musée local et par des ouvriers pascuans chevronnés, les archéologues belges ont pu découvrir, enfoui dans le sol, l'autel en pierre (le ahu) sur lequel Pou Hakanononga devait se dresser fièrement autrefois.
À première vue, la découverte ne semble pas très importante. Pourtant, ce monument n'a pas une forme habituelle: il est carré (10,5 m de côté), plutôt que rectangulaire comme ceux déjà connus ailleurs sur l'île. Et puis, il est fabriqué avec des blocs de pierre non taillés, ce qui est plutôt rare. Un de ces blocs portait de fines gravures, sans doute tracées avec un instrument en obsidienne, un verre volcanique qu'on trouve en abondance sur l'île de Pâques. Parmi les dessins, on reconnaît des cétacés et des poissons parfois difficiles à nommer.

Enfin, derrière le ahu, un petit mur protégeait un dépôt de charbons de bois et des fragments d'os humains, dont quelques-uns étaient brûlés. Il s'agit d'un endroit où les Pascuans rendaient hommage à leurs morts.
Ces ossements humains ont été ramenés provisoirement en Belgique, le temps de les étudier. De combien de squelettes proviennent-ils? A quel âge sont mortes les personnes concernées? Que mangeaient-elles? Quel était leur état de santé? Autant de question auxquelles s'efforcent de répondre des spécialistes de l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique, une autre institution scientifique.
Quelques charbons de bois ont été envoyés dans un laboratoire à Groningue, aux Pays-Bas, pour en déterminer l'âge, grâce à la méthode du carbone 14.

Par ces calculs, on peut maintenant affirmer que le monument de Pou Hakanononga fut construit à la fin du XIIIe siècle, voire au début du suivant. Il s'agit du plus vieux monument daté avec certitude sur l'île de Pâques, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait rien de plus ancien sur ce bout de terre perdu dans le Pacifique. Simplement, c'est la première fois que l'on parvient à montrer de façon scientifique qu'un monument de l'île de Pâques peut être aussi vieux.

L'histoire de Pou Hakanononga prend forme. On connaît maintenant la forme et l'âge du monument sur lequel il fut dressé. Mais ce ahu est manifestement associé aux cérémonies que les Pascuans organisaient pour dialoguer avec leurs morts. La statue des Musées royaux d'art et d'histoire n'aurait-t-elle pas été aussi, comme toutes les autres, la représentation d'un ancêtre? Mais alors, d'où lui vient le nom de Pou Hakanononga, le 'dieu des pêcheurs de thon'? La réponse à ces questions n'est pas évidente. Quelques éléments existent pourtant, qui permettrent de poursuivre l'enquête.

Lors des fouilles de mars 2001, on a pu constater qu'un second monument fut construit à Ahu o Rongo après le XVe siècle, par dessus celui qui supportait notre statue. Cette nouvelle construction cacha l'ahu ancien et la statue de Pou Hakanononga. À son tour, cet édifice récent tomba en ruine et la statue aujourd'hui conservée à Bruxelles réapparut partiellement à l'air libre. Entre-temps, les Pascuans ont dû oublier ce qu'elle représentait, mais ont pu constater que la pêche au thon était des meilleures lorsqu'ils s'aventuraient en mer à hauteur de ce géant de pierre. C'est probablement à cette époque qu'il reçut le nom de Pou Hakanononga que nous lui connaissons aujourd'hui.
Dans les prochains mois, sans doute connaîtra-t-on plus de détails encore sur l'histoire de Pou Hakanononga. En effet, des études sont toujours en cours, notamment pour reconstituer le milieu naturel qui existait aux XIIIe et XIVe siècles à Ahu o Rongo. Des chercheurs du Museum national d'histoire naturelle de Paris examinent les charbons de bois ramenés en Europe, afin de reconnaître de quels arbres ils proviennent.
D'autres, au Musée royal d'Afrique centrale, à Tervuren, tentent aussi de déterminer les végétaux de l'époque, grâce aux phytolithes, des petits cristaux microscopiques qui résultent de la décomposition des plantes.

De nouvelles fouilles

Enfin, de nouvelles fouilles archéologiques sont programmées pour les années qui viennent. Il s'agira de poursuivre l'examen du monument sur lequel se dressait Pou Hakanononga, mais aussi de lui trouver des comparaisons, ailleurs sur l'île de Pâques, afin de mieux comprendre son rôle dans l'histoire des Pascuans.

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