
Projet de recherche P4S/251/REDCAPOS (Action de recherche P4S)
Le projet examine l’impact des dynamiques politiques dans les camps de concentration allemands et pendant la guerre froide en Belgique. Il s’inscrit dans le regain d’intérêt pour la résistance durant la Seconde Guerre mondiale et pour la guerre froide en Belgique. La recherche sur les prisonniers politiques belges remonte à plusieurs décennies. Elle s’est souvent concentrée sur les mémoires personnelles, laissant peu de place à une exploitation systématique des archives. Les aspects institutionnels, tels que les statuts de reconnaissance d’après-guerre, ont été étudiés plus largement, mais sans recourir de manière systématique aux dossiers individuels de reconnaissance.
Cela vaut en particulier pour ce que la littérature internationale décrit comme les « kapos rouges », des détenus fonctionnaires occupant des positions clés dans les camps de concentration. Ces fonctions les plaçaient inévitablement dans une « zone grise » entre victime et bourreau. Au sein de la hiérarchie des camps, ces positions passèrent progressivement aux mains de prisonniers politiques. Ils purent s’en servir pour donner un caractère plus structuré à des formes informelles de solidarité et à des actes de sabotage. Dans le contexte de la guerre froide, cependant, les « kapos » communistes furent accusés d’avoir laissé des considérations partisanes influencer leurs actions. Par ailleurs, l’historiographie française et allemande a montré que les prisonniers communistes suivaient effectivement une ligne politique pendant la clandestinité et la captivité. Cela soulève toute une série de questions quant aux préparatifs qui auraient pu être menés dans les camps en vue de l’après-guerre.
Partout en Europe, la participation communiste aux gouvernements fut souvent accompagnée de références idéologiques à ‘l’antifascisme’
d’avant-guerre (Front populaire) ainsi qu’aux expériences communes vécues dans les camps. Il est remarquable qu’aucune recherche belge n’ait encore abordé cette question. Pourtant, entre 1944 et 1947, les communistes belges participèrent aux gouvernements d’après-guerre en rapide évolution. En 1947, le ministre communiste de la Reconstruction définit également le statut de reconnaissance de « prisonnier politique », en s’appuyant notamment sur la Confédération nationale des prisonniers politiques, fondée à son initiative.
Cela nous conduit à un autre angle mort de l’historiographie belge : le fonctionnement des différents amicales belges d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration dans le contexte de la guerre froide. Beaucoup de ces cercles furent fondés et dirigés par des cadres communistes importants. Progressivement, ils prirent même la tête d’organisations internationales similaires. À partir des années 1950, ils purent ainsi contribuer activement à façonner la culture de mémoire des camps allemands. À leur initiative, plusieurs anciens camps furent transformés en lieux de mémoire (Gedenkstätten). Le projet de recherche comporte deux volets. Le premier consiste en une analyse systématique des dossiers de reconnaissance des « prisonniers politiques » conservés aux Archives du Service des victimes de la guerre. L’attention se porte sur les militants et cadres communistes, dont les données peuvent être extraites des archives de la « Commission de contrôle politique » du PCB, un organe interne chargé notamment d’interroger les membres revenus de captivité sur leurs « attitudes en captivité ». Cela montre que le parti, en se référant à son héritage ‘antifasciste’, veillait attentivement à préserver sa réputation de « parti des fusillés ».
Les informations issues de ces deux séries d’archives seront croisées avec la collection récemment inventoriée « Journaux et manuscrits » du CEGESOMA ainsi qu’avec les entretiens existants avec d’anciens prisonniers politiques. La seconde partie de la recherche se concentre sur ces amicales d’anciens déportés comme acteurs politiques internationaux et lieux de rencontre durant la guerre froide, contribuant activement à la construction d’une culture de mémoire.