
L’Europe investit dans une diplomatie scientifique renforcée et mieux coordonnée entre les États membres et la Commission européenne, en réponse à un contexte géopolitique et technologique en évolution rapide. Alors que les avancées technologiques se succèdent à un rythme toujours plus rapide et que l’ordre international est sous pression, de grands défis tels que le changement climatique, les pandémies, la perte de biodiversité, la sécurité énergétique et la transition numérique exigent une interaction efficace entre la recherche et la diplomatie.
L’Union européenne fait évoluer son approche internationale vers un agenda « Global Europe », dans lequel l’autonomie stratégique ouverte, la compétitivité économique et la capacité d’action géopolitique occupent une place centrale. Dans ce contexte, la recherche et l’innovation sont de plus en plus considérées comme des atouts stratégiques permettant de renforcer la compétitivité européenne, la souveraineté technologique et la sécurité économique. Parallèlement, l’UE reste explicitement attachée à un ordre multilatéral fondé sur des règles et à la coopération internationale avec des partenaires fiables. La diplomatie scientifique constitue dès lors un instrument essentiel pour relier les intérêts et les valeurs européens aux défis mondiaux, construire des ponts entre les pays et favoriser le développement conjoint des connaissances. La diplomatie scientifique soutient le Pacte vert pour l’Europe (European Green Deal) [1] la transition numérique et la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) [2], tout en contribuant à un environnement international de recherche et d’innovation ouvert, sûr et résilient [3].
L’Union européenne plaide depuis longtemps en faveur d’une diplomatie scientifique plus forte et mieux
coordonnée. Une étape importante a été franchie avec la Global Approach to Research and
Innovation [4]
de 2021, qui a, pour la première fois, développé une vision européenne intégrée de la coopération
internationale en matière de recherche et d’innovation, la diplomatie scientifique constituant l’un de ses
instruments centraux. de 2021, qui a, pour la première fois, développé une vision européenne intégrée de
la coopération internationale en matière de recherche et d’innovation, la diplomatie scientifique
constituant l’un de ses instruments centraux.
Cette ambition s’inscrit dans le cadre de la Global Approach to Research and Innovation
(2021), par laquelle l’Union européenne positionne la coopération internationale dans le domaine de la
recherche et de l’innovation comme un instrument stratégique permettant de répondre à la fois aux défis
mondiaux et aux intérêts européens.
La Global Approach souligne que la coopération internationale doit être fondée sur l’ouverture, la
réciprocité, des conditions de concurrence équitables et le respect des valeurs fondamentales et de la
liberté académique.
Elle reflète également l’évolution plus large vers une Europe davantage géopolitique et compétitive, dans
laquelle la recherche et l’innovation contribuent à l’autonomie stratégique ouverte et à la compétitivité.

Cette approche s’appuie sur l’expertise des États membres, de la Commission européenne, du Service européen pour l’action extérieure (SEAE/EEAS) et du réseau mondial des délégations de l’Union européenne. L’objectif est de mieux aligner les politiques de recherche, les politiques d’innovation et la politique étrangère.
Sur le plan stratégique, la diplomatie scientifique doit contribuer à :
L’approche européenne actuelle s’appuie sur plus de dix années de coopération entre chercheurs, diplomates et décideurs politiques, notamment grâce à des initiatives financées dans le cadre du programme européen Horizon 2020 [5]. Des projets tels que EL-CSID (European Leadership in Cultural, Science and Innovation Diplomacy) [6] ont développé certains des premiers cadres conceptuels pour une diplomatie scientifique européenne. S4D4C (Using Science for/in Diplomacy for Addressing Global Challenges) [7] a élaboré des outils pratiques, des programmes de formation et des recommandations politiques destinés aux gouvernements européens et nationaux. InSciDE (Inventing a Shared Science Diplomacy for Europe) [8] a étudié des exemples historiques et les applications sociétales de la diplomatie scientifique et a contribué au développement d’une vision européenne commune. CatalySD [9] quant à lui, contribue au développement des perspectives de carrière, des programmes d’enseignement et des partenariats internationaux.
Sur cette solide base a été créée l’European Science Diplomacy Alliance [10] qui rassemble des organisations politiques et des diplomates, des universités [11] ( par exemple dans le cadre du projet EUTOPIA [12]), des institutions de recherche et des chercheurs individuels afin de promouvoir et de renforcer davantage la diplomatie scientifique. Au-delà de l’Europe, des organisations multilatérales investissent également dans la diplomatie scientifique. L’Asia-Europe Foundation [13] [14], par exemple, met l’accent sur la formation et le dialogue entre jeunes chercheurs, décideurs politiques et diplomates.
Le concept de diplomatie scientifique continue d’évoluer et est désormais de plus en plus associé à des domaines tels que la diplomatie culturelle et la diplomatie technologique. Les récentes évolutions et incertitudes géopolitiques ont également montré que la diplomatie scientifique n’est pas exclusivement un instrument de coopération (voir ci-dessus : la quatrième dimension de la diplomatie scientifique). Des mesures restrictives font aujourd’hui également partie de la boîte à outils, comme l’illustre notamment l’article 22 [15] d’Horizon Europe [16]. La diplomatie scientifique comprend donc à la fois des éléments de soft power et de hard power.
Au sein de l’Espace européen de la recherche (EER/ERA), et plus particulièrement dans le cadre de la Global Approach, [17] la nécessité d’un cadre européen commun pour la diplomatie scientifique a été soulignée en 2024. Sous la coordination de la Commission européenne et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE/EEAS), une approche pangouvernementale (whole-of-government) a été adoptée. Dans le cadre d’un processus bottom-up, des représentants issus de la recherche, de la diplomatie, des affaires étrangères, du commerce, de la défense, du climat et de l’innovation ont été réunis au sein de groupes de travail multidisciplinaires autour de quatre thèmes stratégiques :
Leurs analyses et recommandations ont été rassemblées dans le rapport A European
Framework
for Science
Diplomacy [18] (2025), dont l’Executive
Summary offre une synthèse particulièrement utile [19]).
Les recommandations comprennent des actions à court et à long terme et précisent les acteurs concernés aux
niveaux européen, national et institutionnel. À une époque marquée par une augmentation de la
désinformation et de la méfiance, une attention particulière a également été accordée à l’importance du
récit autour de la science en tant que force de rapprochement, fondée sur la recherche commune de la
vérité.
Lors de la deuxième Conférence européenne sur la diplomatie scientifique, organisée à Copenhague en 2025
[20] sous le titre « Bridging Divides in a Fragmented
World », le dialogue sur la pertinence d’un cadre européen et sur le renforcement de la
coordination en matière de diplomatie scientifique a été approfondi. La conférence a abordé à la fois des
thématiques spécifiques - telles que les océans et les régions polaires - et des dimensions régionales,
tout en réunissant différents types d’acteurs, notamment à l’interface entre l’industrie et les
infrastructures de recherche. Dans le cadre de cette même conférence, de jeunes professionnels issus des
domaines scientifique et diplomatique d’Asie et d’Europe ont formulé, dans le cadre de l’Asia-Europe Youth
Communiqué on Science and Technology Diplomacy [21] des
recommandations visant à mieux intégrer le rôle des jeunes, l’inclusivité, le renforcement des capacités
et la coopération internationale dans le développement futur de la diplomatie scientifique et
technologique.
Avec l’adoption de la Recommandation du Conseil relative à la diplomatie scientifique [22] en mai 2026, la diplomatie scientifique a été officiellement intégrée comme un instrument stratégique dans la boîte à outils diplomatique européenne. Ce cadre fournit une vision commune et une base stratégique permettant à l’Union européenne, à ses États membres et aux acteurs issus de la recherche, de l’innovation et de la diplomatie de mieux coordonner leurs efforts, notamment en tenant compte des interactions entre diplomatie scientifique et diplomatie culturelle. Une nouveauté importante réside dans l’accent mis sur une approche multidisciplinaire et multipartite (multi-stakeholder), avec une attention particulière accordée à la création d’espaces sûrs permettant aux scientifiques, aux décideurs politiques, aux diplomates et aux autres parties prenantes d’engager un dialogue. La diplomatie scientifique est ainsi structurellement intégrée à l’interface entre la recherche, l’innovation, la politique étrangère et la politique de sécurité, avec pour objectif de renforcer la compétitivité européenne, la capacité d’action géopolitique ainsi qu’un avenir sûr, durable et prospère, tout en contribuant également à la paix dans le monde.
En tant que suivi concret des recommandations européennes en matière de diplomatie scientifique, le projet triennal Consolidating European Science Diplomacy (CUSP) [23] a été lancé en 2026. Le projet CUSP vise à renforcer davantage la coopération européenne dans le domaine de la diplomatie scientifique grâce au développement d’un European Science Diplomacy Hub en ligne, facilitant l’échange de connaissances, la coopération et la création de réseaux. Le projet accorde également une grande importance à la formation et au renforcement des capacités au moyen de programmes ciblés, afin de développer une communauté plus large et plus professionnelle d’acteurs de la diplomatie scientifique en Europe.
Elle occupe ainsi une place importante dans le partenariat entre l’Union européenne et l’Union africaine
(UA) en matière de recherche, de technologie et d’innovation (RTI) ainsi que dans le cadre du Programme
commun d’innovation (Joint Innovation Agenda).
Lors de la conférence ministérielle d’octobre 2026, de nouvelles initiatives phares devraient
être présentées, notamment une consacrée à la diplomatie scientifique et une autre à l’intelligence
artificielle dans la science, avec une attention particulière portée également aux liens entre ces
deux domaines.
En Afrique — et de plus en plus largement sur la scène mondiale — l’Afrique du Sud s’affirme comme un
acteur majeur de la diplomatie scientifique. Cette position repose notamment sur son rôle particulier dans
de grandes infrastructures de recherche telles que le Square Kilometre Array (SKA) [24] ainsi que sur le développement de la Science Diplomacy Capital for Africa
(SDCfA) à Pretoria (Tshwane). Cette ambition sera encore soulignée par la conférence internationale
consacrée à la diplomatie scientifique prévue en novembre 2026.

[1] commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/european-green-deal_en
[2] sdgs.un.org/goals
[3] eu-renew.eu/textbook/
[4] research-and-innovation.ec.europa.eu/strategy/strategy-research-and-innovation/europe-world/international-cooperation/global-approach-research-and-innovation_en
[5] research-and-innovation.ec.europa.eu/funding/funding-opportunities/funding-programmes-and-open-calls/horizon-2020_en
[6] cordis.europa.eu/project/id/693799
[7] www.s4d4c.eu
[8] cordis.europa.eu/project/id/770523
[9] catalysd.eu
[10] www.science-diplomacy.eu
[11] eutopia-university.eu/science-diplomacy-2
[12] eutopia-university.eu
[13] asef.org/publications/asia-europe-science-technology-diplomacy-report
[14] asef.org/projects/asia-europe-training-and-youth-summit-on-science-and-technology-diplomacy-2025
[15] eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/HTML/?uri=CELEX%3A32021R0695#d1e3011-1-1
[16] research-and-innovation.ec.europa.eu/funding/funding-opportunities/funding-programmes-and-open-calls/horizon-europe_en
[17] research-and-innovation.ec.europa.eu/strategy/strategy-research-and-innovation/europe-world/international-cooperation/science-diplomacy_en
[18] research-and-innovation.ec.europa.eu/news/all-research-and-innovation-news/european-framework-science-diplomacy-2025-02-13_en?
[19] research-and-innovation.ec.europa.eu/document/download/6d91a26e-a0c5-4a22-b77b-4a0c18ac5f2c_en?filename=ec_rtd_european-framework-science-diplomacy-summary.pdf
[20] eu-science-diplomacy.service-facility.eu/en/outcomes
[21] asef.org/projects/asia-europe-training-and-youth-summit-on-science-and-technology-diplomacy-2025
[22] www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2026/05/29/council-defines-a-new-framework-for-science-diplomacy
[23] www.s4d4c.eu/new-developments-in-2026-council-recommendations-and-a-new-project-consolidating-european-science-diplomacy
[24] www.skao.int/en
