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Space Career Profile: Nolan Herssens

Nolan HerssensQui êtes-vous et que faites-vous exactement ?

Je m’appelle Nolan Herssens, « Human Exploration Scientist » au Centre européen des astronautes (EAC) de l’Agence spatiale européenne (ESA). Avec mon équipe, je coordonne la recherche scientifique impliquant des sujets humains, aussi bien sur Terre qu’à bord de la Station spatiale internationale (ISS) et au-delà.
Une grande partie de ces recherches est réalisée sur Terre, dans des environnements dits « analogues » qui reproduisent les effets de l’espace : des volontaires restant alités pendant des semaines ou « flottant » dans l’eau pour simuler l’apesanteur, la station isolée de Concordia en Antarctique, ou encore des vols paraboliques qui créent de courts moments d’apesanteur. Cela nous permet d’apprendre beaucoup avant même d’envoyer quelqu’un dans l’espace.
Notre objectif est d’envoyer nos astronautes actuels et futurs dans l’espace de la manière la plus sûre et la plus saine possible, aujourd’hui vers l’ISS et, à l’avenir, aussi vers la Lune. Nous nous concentrons sur la santé et les performances des astronautes. Nos recherches portent sur l’adaptation du corps à l’apesanteur, sur la gestion des risques pour la santé (risques liés aux changements de comportement et aux radiations), ainsi que sur le développement de contre-mesures et de soins médicaux adéquats pour les missions spatiales de longue durée.
En parallèle, nous travaillons sur des environnements de vie durables permettant aux êtres humains de vivre et de travailler dans l’espace ainsi que sur d’autres planètes (comme la Lune). Nous optimisons le confort de l’équipage et assurons l’approvisionnement en oxygène, en eau et en nourriture.

À quoi ressemble une journée typique pour vous ?

Ma journée commence invariablement par une belle motivation, une tasse de café... et une boîte mail bien remplie. La plus grande partie de mon temps est consacrée au suivi des différents projets en cours ou à venir. Je le fais via des e-mails et des visioconférences avec toutes les parties concernées : des agences spatiales (inter)nationales comme BELSPO ou la NASA, des scientifiques de toute l’Europe, des collègues à Noordwijk (Pays-Bas), et bien d’autres encore.
En réalité, je joue ainsi un rôle de passerelle : entre les scientifiques qui conçoivent les expériences et les agences spatiales qui les rendent possibles. Je représente l’ESA auprès de la communauté scientifique et j’aide ces deux mondes à parler le même langage. La documentation est tout aussi essentielle : rédaction de contrats, définition pour chaque projet des méthodes permettant de rendre les mesures scientifiques comparables, et préparation des documents pour les expériences menées à bord de l’ISS.
Enfin, en collaboration avec les autres équipes – Sciences physiques, Biologie, Lune et Mars – nous définissons l’orientation des recherches de l’ESA et les projets que nous souhaitons soutenir.

Quelles sont les choses agréables dans votre travail ?

La diversité des sujets et des tâches sur lesquels nous pouvons travailler est particulièrement stimulante. À un moment, vous travaillez sur un projet portant sur l’activité cérébrale, et l’heure suivante, vous participez à une réunion consacrée à l’organisation d’un atelier prévu plus tard dans l’année.
Le contact avec les différents scientifiques et organisations apporte un véritable dynamisme : aucune journée ne se ressemble. C’est également très gratifiant d’annoncer à une équipe scientifique que le projet qu’elle a soumis a été sélectionné pour l’une de nos études. Par ailleurs, c’est toujours un moment fort lorsque nous offrons à des personnes l’opportunité de participer à nos activités, contribuant ainsi à ouvrir la voie aux futures missions spatiales.
J’apprécie aussi beaucoup l’encadrement de jeunes chercheurs au sein de l’ESA. Transmettre ses connaissances, puis les voir évoluer et s’épanouir, procure un réel sentiment d’accomplissement.

Et les moins agréables ?

La charge administrative, comme dans tant de fonctions, ainsi que le fait de devoir parfois annoncer de mauvaises nouvelles lorsqu’une équipe scientifique n’est pas sélectionnée, font malheureusement partie de la réalité. De plus, envoyer (parfois plusieurs) rappels à des professeurs distraits peut devenir un peu frustrant, mais ils finissent toujours par répondre.[

Comment êtes-vous arrivé(e) là ?

Après mon doctorat, j’ai cherché l’ étape suivante pour ma carrière. Le choix le plus logique semblait être un postdoctorat dans l’une des nombreuses universités, mais par hasard, je suis tombé sur une offre d’emploi à l’ESA qui correspondait parfaitement à mon profil, même si je ne pensais pas un instant être sélectionné.
À chaque étape de la sélection que je franchissais, je reprenais un peu espoir, et finalement, le coup de téléphone tant attendu est arrivé. J’allais pouvoir commencer à travailler à l’ESA.

Qu’avez-vous étudié ?

J’ai obtenu un diplôme en sciences de la réadaptation et kinésithérapie, avec une spécialisation en rééducation neurologique, à l’Université d’Anvers. J’ai ensuite entamé un doctorat à la Faculté de médecine de cette même université.
Ma thèse portait sur l’équilibre lors de la marche, tant chez des adultes en bonne santé (âgés de 20 à 89 ans) que chez des patients atteints d’une « vestibulopathie bilatérale » (une défaillance du système vestibulaire des deux côtés). Sans m’en rendre compte à l’époque, c’était la préparation idéale pour mon postdoctorat à l’ESA, au cours duquel j’ai étudié la manière dont l’être humain se déplace en conditions de gravité réduite, comme sur la Lune ou sur Mars.

Quelles compétences sont nécessaires pour votre métier ?

De bonnes compétences en communication sont essentielles pour pouvoir interagir avec des profils très variés, ainsi que de solides aptitudes à la collaboration. L’anticipation est tout aussi importante : il s’agit de prévoir les problèmes ou de les résoudre avant même qu’ils ne se posent réellement.
Par ailleurs, il est utile de pouvoir assimiler rapidement de nouvelles informations, de travailler de manière autonome et d’oser prendre des décisions. Enfin, adopter une attitude ouverte et être accessible constitue un atout majeur.

Quel conseil souhaitez-vous absolument donner ? Cela peut concerner le métier ou être plus général.

Le conseil que je donne toujours à la jeune génération : choisissez une voie qui vous intéresse vraiment et vous passionne. Dès que vous trouvez quelque chose qui vous touche, votre chemin devient naturellement plus clair, et parfois, une opportunité se présente à vous dont vous n’auriez jamais osé rêver.